Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce journal a débuté avec la naissance des Blogs en 2005 pour accompagner les six mois d'aventure en Inde d'où son nom, !ndianeries. Mot inventé dans l'urgence avec un engagement d'un article posté chaque jour sur des ordinateurs locaux, avec des claviers pourris, des temps d'attentes interminables.., d'où des corrections jamais réalisées. J'en implore votre indulgence en lisant "La malle de l'!nde" & les "!ndianeries". Puis, d'autres voyages ont suivi et des humeurs de l'entre deux, et pour finir "Survivre au travail"... la chose la plus formidable qui soit pour les chanceux que nous sommes, à jouir d'une retraite.

Les juifs d'Argentine du Baron Maurice Hirsch

Les juifs d'Argentine du Baron Maurice Hirsch
Les juifs d'Argentine du Baron Maurice Hirsch
Les juifs d'Argentine du Baron Maurice Hirsch
Les juifs d'Argentine du Baron Maurice Hirsch
Les juifs d'Argentine du Baron Maurice Hirsch
Les juifs d'Argentine du Baron Maurice Hirsch

Pourquoi ce voyage avec Valiske? Parce qu'ils sont les seuls à proposer un voyage culturel sur les traces de l'immigration -juive en particulier mais pas seulement - en Argentine, aux sources de celles-ci à "Entre Ríos", région négligée du tourisme.

Et il y a ce livre... "Le Moïse des Amériques" de Dominique Fischer paru en 2002. Bouleversantes rencontres sur place dont cet article résume tout l'intérêt :

 

L’Argentine juive,
Un vieil hangar en briques en ruine, des rails envahis de mauvaise herbe, trois wagons rouillés, une horloge bloquée il y a des années, c’est tout ce qu’il reste d’une gare abandonnée au bout de nulle part.
Une gare fantôme. C’était pourtant autour de cette gare que s’est construite il y a environ 140 ans la ville de Basavilbao. Comme
quelques dizaines de kilomètres plus loin celle de Villaguay. C’est dans ces stations de chemins de fer fraîchement édifiées pour
l’occasion qu’arrivaient, après un très long et épuisant voyage, les immigrants venus à la fin du 19ème siècle de la lointaine Europe de
l’Est. Chassés et spoliées par les pogroms qui ont ensanglanté la Russie et ses satellites. Maltraités et humiliés depuis toujours, ils ont été massacrés par milliers de la pire manière après l’assassinat du
tsar Alexandre II qu’on les accusait d’avoir, sinon organisé, du moins favorisé.
Les gouvernements occidentaux indignés se récriaient contre cette barbarie et apportaient à la communauté juive suppliciée un soutien moral certes estimable mais de peu d’effet. Un homme, un seul, prit
la décision de les sauver. Le baron Maurice de Hirsch, aristocrate de l’empire austro hongrois, décrit comme l’un des hommes les plus riches de la planète, juif conscient et très concerné avait augmenté notablement sa fortune en construisant les chemins de fer ottomans ; il est à l’origine du prestigieux Orient Express. Il a découvert durant ses multiples séjours en Europe de l’est la misère dans laquelle vivaient ses coreligionnaires, citoyens de seconde zone.
Et ce banquier se passionnait depuis l’enfance pour l’agriculture, s’investissant lui même dans la gestion de ses vastes terres hongroises. Il était alors interdit aux juifs de posséder des terres dans la Russie tsariste.
Il conçut l’idée révolutionnaire de faire émigrer les 3 millions de juifs qui vivaient toujours menacés sous le joug russe et de faire de ces artisans, de ces commerçants, de ces intellectuels, des paysans comme autrefois, il y a bien des siècles, quand les Hébreux labouraient leurs champs.
Le terrible deuil de son fils unique à l’âge de 30 ans le décida à consacrer son immense fortune à ce projet un peu fou. Il créa à cet
effet une association, la Jewish Colonisation Association, et y consacra le reste de sa vie. Ce ne fut pas sans d’énormes difficultés :
il fallut convaincre le gouvernement russe de les laisser partir en masse et surtout trouver une terre d’accueil assez vaste et fertile. Ce
ne fut pas une mince affaire. C’est sur les terres de l’immense Argentine, au nord ouest dans la province Entre Rios, autour de la
jolie ville de Salta que se porta son choix. On considère généralement que 1000 familles s’installèrent dans les colonies agricoles de
Maurice de Hirsch à partir des années 1890 et que 100 000 juifs y vécurent en tout, faisant souche. Les cordonniers, les tailleurs, les colporteurs devinrent ainsi agriculteurs maniant, non sans mal dans
les débuts, le soc et la charrue. Il acheta afin de les installer 100000 hectares et dépensa pour ce faire 50 millions de francs or.
Que reste-t-il plus d’un siècle plus tard de cette exceptionnelle aventure ? Un souvenir encore vibrant, des rues un peu partout, des
monuments à sa mémoire. Les descendants de ces colons quittèrent peu à peu inévitablement les terres pour s’installer en ville, à Buenos Aires, étudier et devenir médecins, professeurs, avocats. Dans les
années 1950 beaucoup émigrèrent vers Israël, donnant à postériori raison à Théodore Herzl dont l’unique rencontre avec Maurice de Hirsch fut rien moins que cordiale. Chacun en fit le récit de son côté, on y lit les profondes différences de mentalité et d’idéal.
La colonie San Gregorio ne compte plus que 30 familles juives des 1200 qui existaient. 65% de la population de Villa Dominguez était juive dans les années 1900, il en reste 20%. La colonie Novibuco possède encore une ravissante synagogue rurale et une école juive qui ne compte que…. 4 élèves. Mais chaque shabbat un diner
communautaire rassemble à Villaguay les membres de la soixantaine de familles encore présentes, descendantes des immigrés de 1890.
L’un d’eux raconte non sans fierté « Ma famille est venue de Bessarabie voici 130 ans et depuis nous cultivons toujours la même terre et élevons du bétail » Il espère que ses fils lui succèderont.
Un extraordinaire musée rassemble les milliers d’archives et les souvenirs des immigrants. Photos, livres, cahiers, récits de leur périple et de leur arrivée, lettres de la famille restée au loin, dessins, objets du quotidien, chandeliers, vieilles machines à écrire, à coudre, valises défoncées, toute une histoire d’exil. C’est un non juif qui a réuni ces pièces émouvantes et gère ce lieu. "C’est le fruit de toute ma vie explique- t-il. Les occupants des colonies agricoles du baron de Hirsch sont la fierté et la mémoire de cette région. L’Argentine sans les juifs ne serait pas l’Argentine".
Pourtant leur nombre diminue. De 400 000 juifs argentins des années 1970, il n’en reste que 200 000, la moitié. Départ pour Israël, dilution dans la population chrétienne, une évolution tellement classique. C‘est pourtant la plus importante communauté juive d’Amérique du Sud, la deuxième étant au Brésil avec 90 000 personnes. 80% des juifs
argentins vivent à Buenos Aires où l’on compte 220 institutions bien actives et très fréquentées, clubs de sports, associations diverses, écoles, clubs de musique klezmer, centres de culture yiddish ou sépharades. Et la première synagogue du continent, une immense bâtisse classique date de 1891. Un judaïsme bien vivant, encore plombé par le passé mais tourné vers la Terre Promise, comme les tournesols vers le soleil. Personne ici n’a oublié les deux terribles
attentats antisémites dans un pays qui l’est si peu.
Le 17 mars 1992 une voiture piégée fit sauter l’ambassade d’Israël provoquant 29 morts et le 18 juillet 1994 un attentat contre le bâtiment de l’Amia (l’Association mutuelle israélite argentine) fit 85 morts et 230 blessés. Etrangement personne n’a jamais retrouvé les coupables…
Maurice de Hirsch après avoir tout donné pour le sauvetage des juifs de l’Est, après avoir sacrifié sa fortune et sa santé ne vit même pas l’installation de "ses " gauchos juifs et n’eut pas le bonheur de voir la
réussite de son plan, réussite morale sinon en chiffres : il mourut brutalement d’une crise cardiaque dans son sommeil à 65 ans. Sa femme Clara poursuivit son œuvre avec dévouement et efficacité avant de mourir elle-même d’un cancer quelques années plus tard.
Mais au fond de la pampa personne n’a oublié le nom du bienfaiteur des juifs de la lointaine Russie qui passa la fin de son existence à sauver la leur.

 

Article extrait de Forum J publié avec l'aimable autorisation de l'auteure,

Liliane Delwasse,

titulaire d’un doctorat de littérature comparée, essayiste et journaliste. Elle a notamment collaboré au Monde, au Point, à L’Express, au Canard enchaîné.

 

Merci Liliane.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article