Ce journal a débuté avec la naissance des Blogs en 2005 pour accompagner les six mois d'aventure en Inde d'où son nom, !ndianeries. Mot inventé dans l'urgence avec un engagement d'un article posté chaque jour sur des ordinateurs locaux, avec des claviers pourris, des temps d'attentes interminables.., d'où des corrections jamais réalisées. J'en implore votre indulgence en lisant "La malle de l'!nde" & les "!ndianeries". Puis, d'autres voyages ont suivi et des humeurs de l'entre deux, et pour finir "Survivre au travail"... la chose la plus formidable qui soit pour les chanceux que nous sommes, à jouir d'une retraite.
Par @line
Avec Tartuffe ou l'Hypocrite, Ivo Van Hove déplace le centre de gravité du propos. Là où l'on attend une comédie de mœurs, il fait émerger une tragédie de l'aveuglement, où la violence des rapports humains s'impose avec une intensité physique. Le rire ne disparaît pas pour autant. Il devient incertain, comme retenu par la conscience de ce qui se joue sous les mots. Et l'on entend chaque mot, un peu comme s'il s'agissait de la première fois. Moi qui ait vu cette pièce jouée depuis mon adolescence au Français et ailleurs, je n'ose en dire le nombre!
La direction d'acteurs privilégie les tensions souterraines auxquelles s'ajoutent des effets démonstratifs violents. Les silences, les distances entre les corps et rapprochements, les variations de rythme composent une partition où chaque déplacement modifie l'équilibre des forces. Van Hove excelle à rendre perceptible ce moment où une famille cesse d'être un refuge pour devenir le terrain d'une conquête.
Le dispositif scénique, d'une grande sobriété, très classieux, refuse toute illustration décorative. L'économie de moyens n'appauvrit guère le spectacle ; elle agit au contraire comme un révélateur, concentrant le regard sur les mécanismes de l'emprise. L'emprise, la domination, le jeu des bascules. Tartuffe n'est plus un faux dévot. L'hypocrite devient l'incarnation d'un pouvoir qui s'exerce avec une redoutable douceur, jusqu'à obtenir la complicité de ceux qu'il domine.
Ce qui frappe surtout est la confiance absolue accordée au texte. Sans chercher à l'actualiser de manière ostentatoire, Van Hove laisse la langue de Molière produire ses propres résonances contemporaines. Les vers retrouvent leur tranchant, débarrassés des habitudes d'interprétation qui les figent parfois dans une élégance patrimoniale.
Cette lecture atteint ainsi une rare justesse : elle éclaire la pièce sans l'enfermer dans un discours.
En révélant l'inquiétante modernité de Tartuffe, Ivo Van Hove rappelle que les grands classiques ne parlent du présent qu'à la condition d'être regardés avec exigence plutôt qu'avec déférence. J'en ai été éblouie.
Ces deux heures sont passées si vite... La salle n'était pas pleine et j'ai pu me rapprocher au 8e rang. J'ai ainsi pu admirer le jeu de faciès des comédiens de la Comédie Française avec plaisir et sans modération. Courez-y !
La Grande Halle de la Villette jusqu'au 6 juillet 2026.
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