Ce journal a débuté avec la naissance des Blogs en 2005 pour accompagner les six mois d'aventure en Inde d'où son nom, !ndianeries. Mot inventé dans l'urgence avec un engagement d'un article posté chaque jour sur des ordinateurs locaux, avec des claviers pourris, des temps d'attentes interminables.., d'où des corrections jamais réalisées. J'en implore votre indulgence en lisant "La malle de l'!nde" & les "!ndianeries". Puis, d'autres voyages ont suivi et des humeurs de l'entre deux, et pour finir "Survivre au travail"... la chose la plus formidable qui soit pour les chanceux que nous sommes, à jouir d'une retraite.
Par @line & Jean-Luc
Souvenez vous de nos belles photos des tribus d Orissa... de l an dernier et
de nos articles sur ce magifique pays de l !nde peu connu des
touristes. Cette !ndianerie vaut son pesant d
or!
Les photos illustrant cet article sont contenues dans les liens proposes avec nos sites photos.
Article repris du quotidien liberation du 18 mai 2007-
redige par Pierre Prakash
C'est l'histoire d'une usine à 900 millions de dollars, construite en toute illégalité avec le soutien des pouvoirs publics. Bienvenue à
Lanjigarh, petite bourgade perdue de l'est de l'Inde, choisie il y a cinq ans par Vedanta Ressources, filiale du groupe britannique Sterlite, pour implanter une gigantesque raffinerie d'alumine.
Erigée dans l'une des zones les plus reculées du pays, l'installation flambant neuve est en train d'effectuer ses premiers essais. Objectif : fabriquer un million de tonnes d'alumine par an en
exploitant les gigantesques gisements de bauxite qui se trouvent à proximité, enfouis sous les sommets de la chaîne des Nyamgiri. Pour l'export uniquement, puisque l'Inde affiche déjà un surplus d'aluminium.
Bête noire. Bizarrement, Vedanta a cependant construit son usine sans avoir auparavant obtenu l'autorisation d'exploiter une mine... Une anomalie parmi bien d'autres dans ce projet devenu la bête
noire des écologistes, des militants des droits de l'homme, et surtout de bon nombre de paysans des environs. «Ce projet est un nouvel exemple de l'impunité avec laquelle les groupes miniers et
industriels agissent ici, résume Debaranjan Sarangi, un militant antimine installé dans cette région qui regorge de ressources naturelles souterraines. La collusion avec les autorités locales est
totale.»
Située dans l'Etat d'Orissa, la chaîne des Nyamgiri abrite une telle biodiversité qu'elle avait été identifiée,
dans les années 90, comme un site idéal pour créer une réserve naturelle. On y trouve des dizaines d'espèces protégées, des tigres au gecko doré, un lézard qui ne survit que dans deux sites au monde. Lancé dans un vaste programme
d'industrialisation, le gouvernement de l'Orissa est cependant déterminé à exploiter les gisements de bauxite. Exit donc le parc national, place à Vedanta.
Vu la polémique, le groupe a promis de dépenser des millions pour préserver l'environnement, notamment en remplissant les fosses et en replantant des arbres une fois les sites exploités.
«Extraire 73 millions de tonnes de bauxite sur vingt-cinq ans n'est pas une mince affaire, il sera impossible d'en mitiger l'impact sur la faune et la flore», maintient cependant l'écologiste
Biswajit Mohanty. Sans compter le risque de pollution des deux rivières qui prennent leurs sources dans les collines avant d'alimenter, en aval, des centaines de villages.
Rencontré sur la route, Dadhi Kataraka s'inquiète, lui, pour l'avenir de son peuple, les Dhongria Khond, une
tribu d'environ 8 000 personnes installée sur les versants boisés des Nyamgiri. Vivant de chasse, de cueillette et de cultures sur brûlis, ils vénèrent la Terre Mère et Nyam Raja, le dieu
protecteur des collines. «S'ils creusent la montagne, Nyam Raja viendra tous nous manger» , s'alarme l'homme dont le village se trouve à une journée de marche de la première route. A ce jour, ni
Vedanta ni les autorités locales n'ont jugé utile de venir discuter du projet avec les Dhongria Khond.
Pour l'heure, l'affaire des mines est en justice, devant la Cour suprême. En attendant, Vedanta n'a cependant pas hésité à construire son usine, pourtant inutile si l'entreprise n'obtient pas
aussi l'autorisation d'exploiter. «Leur stratégie est de forcer la main aux autorités, en montrant qu'ils ont déjà investi des sommes colossales», analyse le journaliste local Sudhir Pattnaik.
Situation d'autant plus hallucinante que l'usine elle-même est illégale. Etalée sur près de 1 800 hectares, l'usine a en effet été bâtie pour un tiers sur des terres forestières, normalement
interdites à toute industrialisation, et pour le reste sur des terrains agricoles officiellement réservés aux populations tribales. «Nous
avons choisi une zone peu peuplée, afin de ne pas avoir à déplacer trop de monde, argumente Umesh Mehta, membre de la direction du groupe. La centaine de familles qui a dû déménager a été relogée
dans un village neuf, et tous ceux qui ont cédé leurs terrains l'ont fait volontairement, contre compensations.»
Voilà pour la version officielle. Car les paysans des environs ont, eux, une version bien différente. De fausses promesses, d'intimidations
et d'évictions forcées. «Ils sont venus, ont marqué les terrains qu'ils voulaient et nous ont donné des compensations, sans aucune concertation», affirme ainsi Jogi Lohora, qui a perdu plus la
moitié de ses champs dans l'affaire. Un voisin poursuit : «Nous n'avons pas osé protester, car les autorités nous avaient promis des emplois dans l'usine.» Une promesse non tenue puisque,
sur plus de 300 familles touchées par le projet, seules 67 ont obtenu un emploi durable. «Nous ne pouvons pas employer tout le monde» , justifie Umesh Mehta. Certes, mais l'usine doit employer
quelque 500 personnes au total, et les autorités locales avaient promis des emplois à tous ceux qui perdaient des terres.
Dans la région, mieux vaut cependant ne pas trop protester. Collé au mur d'enceinte de l'usine, le hameau de Bandhaguda en sait quelque chose. L'an dernier, tous les hommes du village ont été
embarqués par la police après avoir organisé un sit-in. «Ils nous ont gardés en prison une semaine», raconte l'un d'entre eux. Quand ils sont sortis, Vedanta avait eu le temps de terminer le mur
d'enceinte auquel ils s'opposaient, coupant le village de son étang, de son site crématoire et des forêts communales.
«Aucune valeur».
«Si ce projet n'est pas stoppé, c'est vraiment que les lois n'ont aucune valeur dans ce pays», conclut Bijaya Babu, membre d'une ONG d'aide aux
populations tribales. Si la décision est aujourd'hui dans les mains de la justice, à l'heure où l'Inde cherche à attirer les investisseurs étrangers, il y a fort à parier que le gouvernement fera tout pour s'assurer
que le projet ne capote pas.
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