Ce journal a débuté avec la naissance des Blogs en 2005 pour accompagner les six mois d'aventure en Inde d'où son nom, !ndianeries. Mot inventé dans l'urgence avec un engagement d'un article posté chaque jour sur des ordinateurs locaux, avec des claviers pourris, des temps d'attentes interminables.., d'où des corrections jamais réalisées. J'en implore votre indulgence en lisant "La malle de l'!nde" & les "!ndianeries". Puis, d'autres voyages ont suivi et des humeurs de l'entre deux, et pour finir "Survivre au travail"... la chose la plus formidable qui soit pour les chanceux que nous sommes, à jouir d'une retraite.
Par @line
Train train Birman à allure chinoise entre Turquie et Singapour
L'arrivee sur le pont qui relie a Moulmein
Lever matinal à 5h pour prendre le train. Il fait encore nuit et les rues sont désertes. A la gare de Rangoon la foule s'accumule sur les quais à
croire que toute la vie de la ville s'est concentrée ici.
La plate forme 4 est celle ou l'on rejoint notre troupeau. Je dénombre deux autres couples occidentaux dont l'un accompagné d'une guide s'exprimant
en français. Nous ne les recroiserons plus...
Quinze minutes avant l'heure de départ du train, un mouvement de foule nous indique un changement de quai.
Nous suivons le flot pour un retour au quai un où après une brève attente derrière des grilles, finalement tout le monde s'engouffre par la
minuscule porte dont on a ouvert un seul battant! Le train est à quai : quelle bousculade!
Nous demandons prudemment quel est le wagon numéro un (au cas ou?); grand bien nous a prit : c'est celui placé en seconde position après la
locomotive!
Signe que nous comprenons un peu mieux la logique Birmane : ne pas se fier aux apparences!
Nous échapperons donc aux sièges en bois! Notre wagon est équipé de fauteuils individuels massifs recouverts d'un tissu type Madras quelque peu
"défoncés".
Un fauteuil sur deux briguebale : certains peuvent même pivoter lorsque le train tangue (et il ne manqua pas de le faire!)
comme prêts à faire la toupie! Bien malgré elle, ma voisine de devant, une vieille dame Birmane, en a fait les frais...
Le train s'ébranle enfin avec trois quarts d'heure de retard et moulte klaxons tonitruants ; on croirait un char d'assaut qu'on met en
branle!
Le bruit de quincaille va rythmer nos soulèvements, bonds et rebonds de hauts en bas, de droite à gauche... Les manèges de Disney auraient a peine
rivalisé auprès des enfants: ils s'esclaffent, échappent aux parents ahuris qui tentent de les maîtriser puis de guerre lasse choisissent de rire de concert et de s'en amuser aussi.
Quant à nous, le mal de coeur nous guette... On aura compris qu'il nous faudra faire preuve de style pour atteindre les toilettes!
D'origine chinoise, tout comme nombre d'engins ici, ce train a trouvé là sa seconde jeunesse !
Le Myanmar recycle les vestiges de la modernité passée de la Chine, du Japon, qui doivent bien tirer avantage de ces trocs bons marchés.
Huit heures trente de trajet avec quelques courtes haltes, nous attendent ; d'une durée similaire à celle du bus en définitive (or, précisons
le, pour "plus de confort", nous avions préféré le train)!
A vitesse lente défile le paysage. A peine plus vite qu'une carriole au galop...
Particulièrement bucolique ce long parcours permet de découvrir les paysages de ce sud empreint de nombreuses saynètes de travaux des champs, en
rizières. De temps a autre un arbre esseulé attire l'attention ; plus nombreuses sont les charrues, les vaches. buffles surmontés par les garçons qui hèlent le passage du train.
A mesure qu'on se rapproche de la capitale Môn une certaine similitude au plan de la végétation et des paysages s'installe avec le
Kerala.
Si les habitations depuis Yangoon étaient très très pauvres, et essentiellement réalisées avec
de la paille, plus on se rapproche de Moulmein plus l'usage d'un bout de tôle ondulée est fréquent au niveau des toitures.
Signe d'enrichissement relatif ?
De nombreux arrêts ponctuent le trajet : des voyageurs montent, tandis que d'autres leur cèdent la place.
L'ambiance est animée au sein du wagon ; malgré les cahots du voyage, un ballet permanent s'y
tient.
Un défilé de toutes sortes de marchands ambulants semble s'y être donné rendez-vous!
Toutes les deux à trois minutes le passage chaloupé d'une femme ou d'un homme vantant sa marchandise égaye...
Les habitués font leurs courses. La vieille dame de devant achète par unités de cinq des produits -dont la plupart du temps nous n'identifions pas
l'usage- et aura bientôt rempli son panier...
Elle vérifie la qualité, discute les prix, aligne les billets de cinq cents Khiats pour lesquels parfois, elle reçoit néanmoins en monnaie de
petites coupures!!!
Aux alentours de 14h30 tout le petit monde des marchands s'alangui et se pose sur les passages paliers du train.
Même les enfants finissent par se lasser de jouer au train fantôme : nous pouvons enfin, nous aussi, tenter de somnoler un
peu.
Mais bientôt l'oscillation nous fait sentir le creux des rails... On croirait toucher terre, on l'envie d'attacher une improbable ceinture nous
prend!
Les professionnels du service du train -de restauration à bord, du placement- (et autres bien d'autres de surveillance en costume militaire, de
police a l'oreillette discrète), se sont évanouis, remettant à plus tard leurs apparitions...
Il fait chaud et la journée n'est pas finie.
De la végétation de plus en plus luxuriante se détachent nombre de palmiers alourdis par les fruits verts... L'habitat se densifie et les
monuments religieux en or scintillent au loin. Plus près nous rasons quelques mosquées.
Nous empruntons le long pont en fer (fermé de nuit) dont quatre voies mitoyennes sont destinées aux véhicules ; signe que nous ne tarderons pas a
arriver dans la plus belle gare du Myanmar qu'il soit :
celle vaste, moderne, jalon futur du projet de la Trans Asian Railway qui permettra de relier la Turquie a Singapour, un jour...
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