Voici une exposition photo peu ordinaire... Centrée sur une famille marchands de chevaux Rom d’Europe centrale. Ceija Stojka est née en Autriche en 1933 déportée à 10 ans avec sa mère et toute sa fratrie elle survit à 3 camps de concentration Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück & Bergen Belsen.
Ce n'est qu'à l'âge de 55 ans qu'elle sort du silence et entreprend un travail de mémoire sous forme d'écriture -de poésies- de dessins et de peintures.
Cette artiste rom autodidacte va noircir des carnets, peindre avec ses doigts. Elle sera publiée à partir de 1988, exposée pour la 1ere fois l'an dernier à Marseille. Mais c'est à la Maison rouge que l'on regroupe pour la 1ère fois un ensemble aussi conséquent d’œuvres biographiques soit 150 dessins ou peintures et qu'on les montre au public grâce à Kareen Berger une documentariste de Vienne qui a sans doute été le catalyseur de l'artiste dans ce travail de mémoire.
Avant la déportation, "Quand on roulait" on peut sentir combien la nature et les couleurs vives font sens dans la vie communautaire des Rom. C'est la période où les tziganes se déplacent encore avec des carnets de déplacements (totalement supprimés qu'en 2017).
Puis suit la période de "La traque". En regardant les œuvres - parfois en surplomb- on se pose la question de qui regarde qui ?
Et lorsque plus aucune présence humaine n'est montrée, wagons aux portes éventrés vides, on voit les reliefs de vie abandonnés, on imagine la rafle, et, non loin, une signature qui n'est autre qu'un bout de drapeau nazi envolé.
Chaque camp de déportation fait l'objet d'une salle, de textes.
Ainsi, dans les encres au centre le mot mort surgit en allemand dans ces tâches et formes abstraites.
L’œil grand ouvert au dessus/ dans les tableaux renvoie à la surveillance permanente, à l'absence d'endroit où se cacher ou encore à ne rien oublier et à conserver toutes les empreintes de témoignages dans la mémoire rétinienne.
Le corbeau dans de nombreux tableaux, très présent dans la culture Tziganes pris comme un oiseau avant tout, est le lien libre entre les hommes et la nature.
Sa signature toujours surmontée d'un petit rameau trouve son origine dans un fait lié à la survie, où tout devait être ingéré pour ce faire telle l'écume de terre un peu grasse qui stagne après la pluie sur les mares, de petits bouts de laine détricotés des vêtements prélevés des morts mis en petites boulettes, la sève de ce petit bout d'arbrisseau partagé en festin avec son frère au printemps. De ce souvenir là, elle fera symbole de sa signature.
Un petit documentaire de 30mn conclut l'exposition après qu'en dernière partie la nature ait repris ses droits avec exubérance après la guerre dans des couleurs et des peintures où les tournesols éblouissent et se brûlent au soleil.