Ce journal a débuté avec la naissance des Blogs en 2005 pour accompagner les six mois d'aventure en Inde d'où son nom, !ndianeries. Mot inventé dans l'urgence avec un engagement d'un article posté chaque jour sur des ordinateurs locaux, avec des claviers pourris, des temps d'attentes interminables.., d'où des corrections jamais réalisées. J'en implore votre indulgence en lisant "La malle de l'!nde" & les "!ndianeries". Puis, d'autres voyages ont suivi et des humeurs de l'entre deux, et pour finir "Survivre au travail"... la chose la plus formidable qui soit pour les chanceux que nous sommes, à jouir d'une retraite.
Notes de conférence
Lors de la guerre de 1914 il choisit la France, précisément, l'Alsace Lorraine.
Il devint le roi des loufoques avec la revue "L'os à moelle".
À celle de 39-45, il quitte Paris en Juin 1940 et retourne en Bourgogne avec sa femme pour fuir les allemands.
Il apprend l'appel de Londres et veut rejoindre l'Angleterre... finalement il va avec d'autres chansonniers gagner sa vie en zone libre. Il tente en novembre 1941 de traverser les Pyrénées avec un passeur ; en vue, Londres. Échec. Emprisonné, il passera 4 mois en prison. Désormais il est repéré comme juif par les Allemands... malgré son pseudonyme. Et c'est sous le pseudonyme de Pierre Duval, avec passeport canadien qu'il retente, le Portugal... Passeurs, arnaques, Espagne, Portugal... après plusieurs emprisonnements, un jugement clément, ces tentatives finiront par le conduire à Alger et de là, il pourra enfin rejoindre Londres. On est en octobre 43.
Pendant 9 mois il va mêler son style loufoque à la politique... pour tous ceux, nombreux, qui vont l'écouter... découvrir sa voix, son humour, son patriotisme.
50% de l'écoute à haute audience était le moment où Pierre Dac était sur les ondes. Faute d'audimat, comment le sait-on? La mesure fut faite par le niveau de consommation d'électricité aux moments il prenait la parole sur Radio Londres, écouté, notamment au cours des deux premières années. C'est à partir de l'époque de Laval qu'on commence seulement à l'écouter davantage. Si l'intérêt d'un humoriste à la radio initialement n'avait pas créé d'enthousiasme, voire fut mal perçu, il fut accepté par la suite de part sa capacité à remonter le moral de la résistance. L'humour étant considéré comme l'action de la dernière chance... Et en effet, il contribua effectivement à fortifier le moral des troupes en dernière ligne droite à quelques mois de la libération.
Philippe Henriot sur Radio Paris s'en prendra à Pierre Dac sur radio Londres en disant :
"Qu'est ce qu'un juif peut connaître de la France?" Ce à quoi ripostera dans les deux heures l'humoriste dans un texte -resté très célèbre - intitulé "Bagatelle sur un tombeau" : ... sur votre tombe on trouvera "Mort pour Hitler, fusillé par les Français" ce qui fut prémonitoire, puisque six semaines après, Henriot fut abattu par la résistance.
L'exposition :
- Une singularité de l'exposition présentée par le MAHJ c'est qu'il a donné accord pour ce contenu d'exposition telle qu'elle est présentée en 2020.
- Les interprétations hiératiques dans des feuilletons radiophoniques et des scènes de théâtre de Pierre DAC ne sont pas connues de la jeune génération. D'où le changement de l'intitulé de l'exposition pour que cela puisse "parler" aux jeunes avec ce titre humoristique : "Du côté d'ailleurs, le partie d'en rire"...
- D'origine alsacienne, patriote, Dac était militant dès 1938, eut de nombreux engagements anti-raciste et politiques. Ce fut un maître de la parodie, de la loufoquerie, de l'idiotie. Un vrai funambule de la langue.
- L'art du feuilleton radiophonique fut développé sur le mode de l'absurde dans un humour dévastateur, jamais égalé.
Merci au Mahj d'avoir organisé une journée d'étude "Contre tout ce qui est pour, et pour tout ce qui est contre"!
Rire tous les jours afin de s'ancrer dans la réalité de la vie, voilà un bel objectif.
De radio Londres, au cabaret, à la radio, à la télévision, sur scène au théâtre il occupa tous les espaces possibles sur tous les médias juste pour rire de l'accumulation des choses de l'absurde, celles puisées dans la vie.
- L'humour juif est présent dans son approche, comme chez Gotlieb, comme chez Goscinny. Hag Gadia ! (Comptine de Pessah du petit agneau tué... où le plus gros animal trouve toujours à tuer plus petit que lui pour arriver jusqu'au boucher, qui finira lui-même par être tué par l'ange de la mort!)
On connaît tous un peu de chacun de ces trois artistes aux trois types d'humour. Pourtant devant l'irrémédiable, il y a les dernières résistances... face à la béance, que l'on retrouve outre atlantique par exemple chez les Marx Brothers, Jerry Lewis, et une figure femme de l'American stand up très populaire aujourd'hui... (J'ai oublié son nom). Tous renvoient à la culture populaire d'aujourd'hui comme des gamins malicieux, aux yeux pétillants.
- "Popol le joyeux pompier"...
- Anne Hélène Hoog & Jacques Pesais, commissaires d'exposition.
- "Le rire en résistance" avec
David Breton anthropologie du rire/ université de Strasbourg :
Le rire appelle toute l'ambivalence du monde.
Contexte de signification.
La détresse, le triomphe, la morgue, le défi, une politesse du désespoir, parade contre les violences envers soi, etc... on peut aussi le dire du sourire.
Il transforme, il est l'art des démunis, l'arme blanche des hommes désarmés (dixit Romain Gary).
Le ton de Londres était inventé loufoque et réfléchi.
Francis Blanche, le fils spirituel de Pierre DAC. Ces maîtres du canulars, ne se privaient pas de se surprendre l'un l'autre sur scène où par exemple l'un et l'autre face à moitié maquillée s'offraient à voir qu'une moitié de visage à l'autre sur scène, d'où une situation loufoque. Ils se joutèrent hilares, il fallut faire tomber le rideau !
Signé furax.
Histoire du prêt d'1 franc de Francis Blanche à Pierre Dac... qui tarda à rembourser.
Francis lui dépêche un huissier... et Pierre obtient après de chaudes larmes de.... payer en plusieurs mensualités !!!
- Thierry Grillet, essayiste, commissaire d'exposition :
On prend un risque de parler de Dac dit-il dans une configuration colloque... car c'est difficile de parler du rire.
André Isaac, Pierre DAC juif discret... On ignorait sa judaïté on ne le connaissait qu'avec ce pseudonyme que même les allemands mirent un peu de temps à repérer. Isaac veut dire "il rira". Rire intransitif, cosmique en contradiction avec son métier. Jacques Tati, 14 ans de différence Pierre Dac, entre eux l'année 1900 au milieu, et surtout un essai de Bergson : "le rire".
Jeux de mots calembours et lapsus, aphorismes, comique de langage de mots et de l'autre côté un corps comique (celui de Tati). Pierrot lunaire qui habite un monde absurde.
L'hérédité
Dac, Devos, Desproges, jusqu'aux Nuls de canal+, le Gorafi,...
Dac a écrit des chansons des sketchs, des récits, c'est un polygraphe comique.
Foutraque, incohérent, canulars, pastiches
Trois mots de cette production :
Potache, loufoque, absurde.
Esprit décadent, né de la culture de cabaret à Montmartre... en but au rationalisme, à l'autorité... naît d'ailleurs à ce moment là, le
Salon des arts incohérents : les zutistes, les fumistes, les zygopates, où apparaît -vers 1900- un prince, Alphonse Allais, qui va installer "une forme d'autonomie du rire".
Il ouvre un espace autonome dans l'économie générale du spectacle.
Quant à Pierre DAC, lui, il va le démocratiser.... avec la revue " l'os à moëlle".
Il va se moquer du sérieux des autorités, de la morale, pas dans la satire, mais plutôt dans une forme d'humour potache, bon enfant :
"Comme le disait le général De Gaulle, si la France n'était pas, la France, c'est à dire ce qu'elle est, l'ensemble des français seraient alors des étrangers".!:
"Ceux qui n'en savent rien, en savent toujours plus que ceux qui en savent pas plus qu'eux!"
Des rognures.... des recettes (accessibles dans des documents de l'INA) telles : gelée de merle sans merle, pâté de pudding,... on s'amuse de tout comme un collégien gentiment moqueur, car c'est là, un état natif du comique.
L'état plus élaboré sera le loufoque. Le langage argotique des bouchers ; le parler "louchébèm et "fou" donne "loufoque" (le père de Dac était boucher), "L'os à moëlle" est à ce moment là, l'étendard d'une génération déboussolée à quelques mois de Munich où l'"idiot cherche village"... petite annonce qui illustre bien cet état d'esprit.
Il y a du jeu dans la langue, on est pris dans des lapsus, on veut exprimer la valeur de ces/ses mots indicibles qui échappent au langage. Car, selon DAC nous sommes victimes "d'ellipses narratives"... un indice de folie qui nous habite et nous est étranger. "Ça" nous traverse, "ça" nous habite, c'est le Schmilblick, la folie du langage où cohabite ce que je veux dire et ce que je dis. "Je n'y suis pour Bergson". "C'est complètement con et c'est vrai..."
L'idiot du langage, c'est du Lacan avant Lacan.
La rationalité du langage tient à quelques mots.
C'est une façon de se protéger du monde et quelques soient les mesures que l'on prenne face au danger, ce dernier reste identique.
Dzeta. Le rictus de la tête de mort et le rire.
Desproges riait de sa "tue- meurs"! Il faut en rire. Tumeur.
Regard sur Démocrite d'Abdère qui s'amusait de l'agitation vaine des hommes au port.
L'absurde : après 1945, Ionesco la cantatrice chauve, on fait dérailler le réel, clin d'œil au sketch du biglotron...
Comment croire à la cohérence de ce monde?
"Une paire de chaussures neuves ne remplacera jamais un chapeau même usagé pour se cacher".
"Un chemin qui descend c'est un chemin qui remonte en sens inverse et réciproquement."
"Quand le pifomètre est au variable c'est que le contraceptif est sous le paillasson"!
Poèmes de fatrasie, logorrhée inintelligibles.
La fiction délirante... signé Furax, Malheur aux barbus... L'idiotie n'est pas la bêtise. On peut se permettre de questionner la raison. "Qui sommes nous où sommes nous, où allons nous?"...
"Quand on voit ce que l'on voit...."
En hiver on dit s
Soliloque à la Becket...
Catharsis de la bêtise, le message de Dac reste très contemporain et très actuel.
Annonce:
"Musulman recherche roue voilée pour le vélo de sa femme".
- Cédric Aussir, écrivain de fictions radiophoniques à France Culture et France inter:
Un espace de liberté et d'audace. Depuis l'émergence de podcasts on mesure l'engouement des auditeurs pour des feuilletons.
Adaptateur et réalisateur dans "Malheur aux barbus" où toute une modernité se dégage. La version 2013 raconte cette épopée radiophonique loufoque.
S'amuser, refaire avec les moyens du bord, avec bruiteurs et comédiens et le public une quinzaine de séquences... sur un rythme effréné.
- Engagements anti-racistes avec l'historien Emmanuel Debono :
La Lica 1934 devint LICRA, où
lutter contre tous les antisémitismes bien que née de la lutte contre l'antisémitisme qui l'a fondé au départ.
Trois traces de participation " public" de Dac avant guerre :
- un Gala en mars 1935
- le 20 mai 1938 réunion
- le 6 Nov 1939 en soirée Lica.
Invitation à rejoindre le Comité Central 12 octobre 1944. On voit qu'il a participé à une réunion à titre d'invité selon un CR (photo).
1953/ 1967
Collaboration au journal "Le droit de vivre". 27 chroniques de Pierre DAC focalisées sur le racisme, l'antisémitisme, marqué par l'anti-fascisme y seront publiées inscrites dans une volonté de mémoire, de la résistance et de la déportation. Il refuse l'oubli, la banalisation de la shoah interpellant par exemple le directeur du théâtre de dix heures sur le titre d'une pièce...
Ainsi, cette phrase sur le paradoxe du juif après guerre... au sein de la Lica il écrit avec cette fulgurance :
"Jamais il ne nous pardonneront le mal qu'ils nous ont fait"!
Quelques exemples de chroniques :
"Droit d'être un salaud", "Si j'étais un salaud" (photos).
Cycle pot de murge :
"La pile Nasser ne s'use que si l'on s'en sert."
Droit et liberté : autre collaboration (MRAP) sur huit textes (voir numéros en ligne) de Pierre DAC.
Loufoquerie et gravité pour ce militant de la Lica qui ne parlait jamais de ses écrits et engagement, que l'on découvre grâce au travail de l'historien Emmanuel Debono.
Il fut bien avant Coluche le premier candidat à l'élection présidentielle de 1965,
sérieux et potache. Par respect à l'homme du 18 juin, bien qu'il ait eu quelques réticences à ce moment là sur sa politique, il se retire. Pourtant, il était prêt à aller jusqu'au bout. Donc sans l'intervention de l'Elysée, il aurait avec Francis Blanche et les autres poursuivi au moins encore quelques mois la campagne présidentielle...
Il reste beaucoup de zones d'ombres qui restent inexpliquées sur la période 69/70 le passage Lica-Licra au MRAP qui avaient bien des divergences de vues.
Voilà. Si vous êtes arrivés à me relire jusqu'ici, bravo!
Nous étions une cinquantaine pour cette formidable journée. De vrais privilégiés.
Merci au MAHJ encore une fois. Cette journée aura donné envie de voir l'exposition guidée (bientôt) et surtout avant, d'écouter, ré écouter, lire du Dac, du Francis Blanche et d'autres.... grâce aux archives INA, aux CD, aux émissions Podcast disponibles de France culture et France inter.
Dimanche 14 Mai 2023.