Ce journal a débuté avec la naissance des Blogs en 2005 pour accompagner les six mois d'aventure en Inde d'où son nom, !ndianeries. Mot inventé dans l'urgence avec un engagement d'un article posté chaque jour sur des ordinateurs locaux, avec des claviers pourris, des temps d'attentes interminables.., d'où des corrections jamais réalisées. J'en implore votre indulgence en lisant "La malle de l'!nde" & les "!ndianeries". Puis, d'autres voyages ont suivi et des humeurs de l'entre deux, et pour finir "Survivre au travail"... la chose la plus formidable qui soit pour les chanceux que nous sommes, à jouir d'une retraite.
Par @line
A peine arrivés nous fonçons sur le boulevard Zhongshan Donglu, voir l'emblématique, Bund (rive boueuse, terme anglo-indien). La nuit tombe et c'est grandiose!
Ici on a fait et défait des fortunes !
L'ancienne avenue boursière n'a rien perdu de sa superbe.

Éblouie par la féerie des lumières j'observe les groupes de touristes qui déferlent par vagues successives, les promeneurs qui convergent vers le fleuve Huangpu ;
de toute la ville affluent les couples d'amoureux, les bandes d'amis, les familles en goguette, les expatriés en pause de CAC 40, les solitaires en quête d'âme soeur... Tous viennent arpenter les
planches de cette promenade sur - élevée d'un kilomètre cinq aménagée - sans aucun doute l'une, voire, la plus... majestueuse du monde - végétalisée par touches, éclairée juste assez
pour contenir un peu de mystère.

Parapluie à la main, appareil photo de l'autre, lâchant des cris de joie, on ressent la vibration que dégage Shanghai la nuit dans cette foule
d'anonymes.
Rien n'afflige l'enthousiasme des badauds pas même la pluie fine. Il en faudra plus, un peu plus tard pour nettoyer la rive... où voguent nonchalament les bateaux
touristiques de nord en sud et reviennent de Jinling Donglu jusqu'au pont Waibaidu.

D'un coté,
les plus belles façades du Shanghai des années folles : les immeubles anciens évoquent tantôt le vieux Brooklyn, Marseille tantôt Liverpool : toutes les grandes banques du monde sont là, les grands noms de la mode aussi avec quelques belles galeries dans les étages d'immeubles.

Le three on the Bund (avec sa galerie d'art fermée, grrrr), Shanghai club décati est en travaux ; l'anachronique grande horloge "Big Ching" copiée sur
celle de Westminster carillonne Big Ben chaque 1/4 d'heure (à la gloire des heures britanniques ?) ; le hall de l'édifice, la maison des Douanes où je pénètre pour admirer le plafond
extravagant à caissons orné de petites mosaïques retrace l'activité passée du port maritime.
Plus loin le chef d'oeuvre d'art déco le Peace Hôtel (ex-Cathay du multi milliardaire Victor Sassoon) et la Bank of China s'imposent avec leurs façades monumentales et les vitrines de luxe en RDC.
De l'autre coté, sur la rive d'en face,
celle qui happe bien plus encore les regards de nuit, il y a cette vue sur Pudong la moderne avec sa forêt éclatante de gratte-ciel plus belle si c'est permis que Manhattan
(quartier que d'aucuns nomment "le Manhattan de Shanghai").
Qui croirait que jusqu'en 1990, ce quartier était encore agricole, paisible, plat et fertile ?
Les habitants y vivaient comme des paysans, cultivant leurs champs,
vergers et jardins aux portes de la métropole en pleine explosion économique !
Pudong, aussi vaste en surface que Singapour (522km²) est investie
comme zone économique spéciale dés 1992 par Deng Xiaoping
pour faire de Shanghai le coeur et le moteur du nouveau capitalisme à la chinoise !
En y pensant, j'examine cette foule de nuit,
et je m'attarde sur les personnes immobiles ;
ces chinois dont les regards acérés
se focalisent sur ces immeubles futuristes.
Est-ce là que se fonde leur avenir ?
Que penser de ceux
qui détournent leur attention sur les reflets vacillants de l'encre du fleuve ?
S'il en est dont la présence discrète est silencieuse, elle relève de la méditation.
Recueillis, ils fixent les gratte-ciel de verres et de béton ;
ces derniers, se sentant observés, rosissent puis rougissent de timidité, tandis que d'autres moins effarouchés, scintillent en déployant toutes les couleurs de l'arc en ciel.
Des immeubles bègues proclament des slogans
à grands renforts de leds sur des écrans gigantesques.
Chacune de ces tours rivalise avec sa voisine, se pare de tenue de soirée improbable
afin de capter le maximum d'attention.
Le décapsuleur (World Financial Center ou SWFC pour les intimes! 3eme plus haute du monde avec 492m) intrigue en se nappant d'un voile de brume qu'il retire quelques minutes pour mieux le revêtir.
Trois boules matriochka - soucoupes volantes tenues par une aiguille à tricoter s'électrisent en tentant de s'envoyer au ciel (Tour Perle d'Orient -
TV/Radio)!
La tour jinmao où le Hyatts (54 au 88eme étage) tête les tétons opaline qui vous propulse à raison de 9m à la seconde au sommet comme une bulle de
champagne dans sa flûte...
Voilà qui consacre l'ouverture de la Chine au monde des puissants
(6eme tour la plus haute du monde)!
Plus minimalistes, celles aux robes designs tirent des traits de couleurs,
décoche des flèches,
ou s'exposent aux décharges saccadées de blanches perles ravies
de demeurer énigmatiques et éphémères.

C'est vraiment beau, une ville la nuit !
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