"La pandémie qui n’en finit pas nous a imposé pas mal de mots nouveaux souvent absents
des dictionnaires. Outre les formules toutes faites des consignes de sécurité dont la
répétition lancinante est difficilement supportable, des mots ont changé de sens ou ont été
créés (les « gestes barrières »…).
Bien sûr, certains en ont profité pour imposer des mots anglais, comme « cluster » au lieu
de foyer. Mais la plupart des mots apparus sont des mots français. La distanciation
d’abord qualifiée de sociale (formule malheureuse) est devenue physique. Et le mot a pris
un sens précis qu’on ne lui connaissait pas avant. On s’est aussi mis à faire des cours en
« distanciel ». Et parfois, pour quelques chanceux, en « présentiel ». Avec une hésitation
sur la terminaison : -ciel ou -tiel ? Comme démentiel, existentiel, ou non « essentielles »,
telles les librairies. Outre le langage guerrier qui vise à entretenir la peur, on a aussi vu
apparaître les « cas contacts », les « télé-apéro » ou « apéro-zoom », les « concerts
virtuels », le gel « hydroalcoolique », la quatorzaine, les « attestations dérogatoires »… et
même le « vaccinodrome » !
Bernard Cerquiglini, l’un des linguistes qui a participé au récent numéro de la revue la
Pensée sur l’état du français, considère que la crise actuelle témoigne de la bonne santé
de la langue et de la capacité des francophones à inventer des mots. Par exemple, dit-il, confinement existait, mais pas « déconfinement ». Et encore moins « reconfinement ». Or
ce sont des mots bien formés et que chacun peut comprendre.
Le dictionnaire Le Robert qui élit régulièrement le « mot de l’année » y a renoncé, pour ne
pas avoir à choisir « coronavirus » ou « Covid », mais il a pris une initiative heureuse. En
collaboration avec l’Oulipo (l’Ouvroir de littérature potentielle, fondé en 1960 par Raymond
Queneau et François Le Lionnais), il a incité les lecteurs à constituer un Dicovid ou
dictionnaire fictif du (ou de la) Covid en faisant preuve d’imagination pour inventer des
« mots-valises ».
Et ils en ont élu quinze qui ne manquent pas d’allure. En voici quelques-uns :
« airgasmer », prendre une première bouffée d’air en enlevant son masque ;
« s’autobuer » : couvrir ses lunettes de buée à cause du masque ; « facultatoire » : facultatif
qui devient obligatoire ; « hydroalcoolisme » : tendance à s’enduire de gel plutôt que de se
laver les mains ; « mascarpogne » : tenir son masque à la main, « téléventiler » : brasser du
vent en télétravail : « solimasquer » : se rendre compte qu’on a gardé son masque alors
qu’on est seul ; ou « vaccinglinglin », quand il y aura des vaccins pour tous.
Comme cadeau de Noël de ce jour-ci, vous trouverez un qui n’est pas drone du tout :
https://www.laquadrature.net/2021/02/03/ppl-securite-globale-la-cnil-au-secours-de-letat-
policier/
2021… V’là les vaccins !"
(1370ème jour de l’ère EM ! Article extrait de l'envoi mail de Michel Petit)