Ce journal a débuté avec la naissance des Blogs en 2005 pour accompagner les six mois d'aventure en Inde d'où son nom, !ndianeries. Mot inventé dans l'urgence avec un engagement d'un article posté chaque jour sur des ordinateurs locaux, avec des claviers pourris, des temps d'attentes interminables.., d'où des corrections jamais réalisées. J'en implore votre indulgence en lisant "La malle de l'!nde" & les "!ndianeries". Puis, d'autres voyages ont suivi et des humeurs de l'entre deux, et pour finir "Survivre au travail"... la chose la plus formidable qui soit pour les chanceux que nous sommes, à jouir d'une retraite.
Par @line
À vrai dire, je ne me suis pas précipitée voir Hamlet dans une version nouvelle, traduite par l’écrivain et éditeur Frédéric Boyer, mise en scène par le Belge Ivo Van Hove. Le théâtre de l'Europe ces dernières années m'a semblé faire des propositions de création "racoleuses". Un peu trop à la recherche d'une modernité susceptible de lifter l'image du traditionnel théâtre de l'Odéon que j'ai beaucoup fréquenté plus jeune. Cette course à l'image m'est apparue vaniteuse, et peut-être que de ce fait j'ai loupé quelques créations qui valurent tout de même le déplacement.
Toujours est-il, que cette fois-ci, incitée par deux amies très férues du travail éclectique de Ivo Van Hove, je me suis penchée sur son CV artistique et je me suis décidée très vite à ne pas louper l'occasion de me faire mon opinion.
De plus, cerise sur le gâteau c'est avec la troupe de la Comédie Française, et parmi elle la crème de la crème : Guillaume Gallienne, Denis Podalydès, Florence Viala, Loïc Corbery, et Christophe Montenez dans le rôle titre, que la représentation m'était proposée. Or voilà que la chance s'est démultipliée ce soir là, car non seulement j'ai obtenu la dernière place en orchestre au rang K place 1 - en milieu de rang et de salle - mais de surcroît, la personne placée devant moi avait eu le bon goût de s'abstenir de venir, ce qui m'offrait une vue intégrale du plateau de quoi rendre jaloux mes voisins spectateurs!
Ivo van Hove, directeur artistique de l’Internationaal Theater Amsterdam fut confirmé une fois de plus pour la puissance radicale de sa mise en scène.
Il propose un espace scénique épuré qui permet d'imaginer en miroir l'esprit, le mental d’un prince en perdition. Son audace réside dans la proposition qui consiste à enfermer le spectateur dans la subjectivité d’Hamlet, dans cette zone instable où le deuil du père et le remariage précipité de la mère avec l’oncle usurpateur fissurent toute certitude.
Scène après scène, le plateau se transforme en territoire psychique, presque clinique, où la confusion intérieure déborde et contamine tout.
Le spectacle oscille dans une tension constante entre théâtre et vérité : Hamlet croit pouvoir démasquer le crime par la représentation ; mais chez Van Hove, l’illusion théâtrale ne sauve rien. La jeunesse humiliée glisse, s'abîme dans l'engrenage de la violence avec la vengeance comme unique horizon.
L’intérêt critique de cette mise en scène réside précisément dans ce déplacement : plutôt qu’un drame politique sur la corruption d’un royaume, Van Hove propose une lecture générationnelle, presque sociologique. Hamlet n’est plus seulement un prince paralysé par le doute ; il devient le symptôme d’une jeunesse lucide face aux compromissions des aînés, privée de repères et condamnée à l’excès pour exister.
En resserrant l’action et en épurant le cadre, le metteur en scène met à nu les mécanismes du pouvoir, la fabrication du mensonge et l’impuissance des institutions à produire de la vérité.
J'ai apprécié ce jeune Hamlet qui interroge le public très frontalement sur son rapport à la vérité, à l'héritage et son aliénation à la violence comme seule réponse.
Jusqu'au 14 Mars 2026
Théâtre de l'Europe - Odéon
Place de l' Odéon
75006 Paris
Avec la troupe de la Comédie-Française
Florence Viala, Denis Podalydès, Guillaume Gallienne, Loïc Corbery, Christophe Montenez, Jean Chevalier, Élissa Alloula
et Vincent Breton, Aksel Carrez, Arthur Colzy, Pierre-Victor Cabrol, Nicolas Verdier.
Grayscale © 2014 - Hébergé par Overblog
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_f84b76_1000145089.jpg)
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_3658df_1000145088.jpg)
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_1929d5_1000145109.jpg)
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_4aae06_1000145108.jpg)
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_832c13_1000145107.jpg)
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_05112f_1000145104.jpg)
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_d5b0a3_1000145102.jpg)
/image%2F0707294%2F20260308%2Fob_3b750e_1000145090.jpg)