Mur Mure. La pièce est une reprise. Une comédie romantique au charme espiègle, et un sens du jeu irrésistible inattendu à mes yeux pour une pièce de boulevard.
Un couple va vivre une étrange et délicieuse aventure intime entraînant le spectateur aux derniers étages d'immeubles mitoyens, dans des chambres à la cloison peu épaisse comme on en connaît : de ces chambres de bonnes aux loyers exorbitants où les murs, s’ils pouvaient parler, raconteraient bien des histoire! Et justement, ici, il s'en murmure— ou plutôt, il s'en construit une, improbable, pleine de peurs, de fragilités et de petits secrets, chargée de grandes angoisses et faites de minuscules travers, de celles de ces locataires aux solitudes douloureuses et aux à priori irréconciliables...
À travers cette cloison, deux personnes que tout oppose, l'un, inventeur de jeux loufoque, misanthrope et obsédé de sa tranquillité, l'autre, pianiste fragilisée en quête d'elle-même, de son émancipation, douloureusement suspendue à la réussite d'une audition à venir majeure.
La mise en scène malicieusement se joue du spectateur-voyeur, dans cette promiscuité de lieux de vie où les espaces se frôlent, les vies s’entremêlent, les barrières premières tombent pour laisser place aux confidences, aux doutes, aux espérances.
Complice, le public assiste à ces joyeuses indiscrétions, à ces petites vérités lâchées sur la vie de couple pleines d'humour.
Les comédiens -tous excellents- s’en donnent à cœur joie, visiblement ravis de faire résonner ces traits du quotidien avec autant de dérision.
On sourit beaucoup, on rit— parfois un peu jaune même (parce qu’on se reconnaît, évidemment). Mais derrière la légèreté, Mur Mure glisse aussi une tendre réflexion sur notre besoin des autres, même quand on prétend vouloir s’en protéger.
Une comédie vive, fine et délicieusement indiscrète — comme une oreille collée au mur… mais en beaucoup plus drôle.