J'avais adoré lire en 2008 "La part des ténèbres" où Mordillat fait le récit d'un groupe de desperados qui prend d'assaut le «Nausicaa», un paquebot où les fossoyeurs de leur entreprise
(d'abord rachetée par un fonds de pension américain puis revendue à une boîte indienne) célèbrent leurs excellents résultats de l'année.
Ce roman à suspens mélange des ingrédients du roman de comédie, de roman d'amour, entrecoupé de réélles dépêches d'agences de presse égrenant les plans de licenciement, les fermetures d'usines,
les profits colossaux des entreprises.
Les chapitres y sont rythmés par des citations de Shakespeare, des vers de Walt Whitman. Théâtre de notre monde, très vite le paquebot devient théâtre de la violence
économique avant de devenir celui de la violence tout court!
"Plus on est lucide, plus on est désespéré", affirme l'un de ses personnages.
A la Charité sur Loire, après le Festival du Mot, j'avais dit combien j'avais apprécié
le documentaire "Le grand retournement". Je regrette
que Mordillat ne soit pas davantage connu du grand public.
Au Forum des images il sera présent à la projection d'un documentaire réalisé en 1978, "La Voix de son maître" où il montre face à la caméra, douze patrons de
grandes entreprises parlent du pouvoir, de la hiérarchie, des syndicats, des grèves, de l’autogestion… Ce document est précieux, parce que les puissants industriels prenent rarement le temps de
déployer ainsi leur pensée, hors contexte « médiatique ». Or revoir cette période charnière de 1978, entre l’ère industrielle et l’ère du capital, n'est pas dénuée d'intérêt...
Mais qui sera en salle?